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Production de livres numériques et dette technique

La production de livres au format numérique est désormais relativement concentrée entre les mains d’un nombre très limité de sociétés, dont la particularité est d’avoir des services assez limités en France (services commerciaux), alors que les tâches de production des livres numériques sont confiées à des filiales situées dans des pays en développement, particulièrement Madagascar en ce qui concerne le domaine francophone.

Pour autant, cette approche est-elle pérenne, y compris pour les éditeurs eux-mêmes ? 

Certes, ces structures industrielles permettent de produire très rapidement, et pour un coût assez modique, des ePubs qui peuvent être mis en vente – parfois avec quelques difficultés – sur l’ensemble des plate-formes, mais les éditeurs qui font appel à un tel service ne semblent pas se rendre compte qu’ils sont en train de créer une « dette technique », qui risque d’induire des coûts supplémentaires élevés dans le futur. C’est là le principe même de la dette technique.

En observant les ePubs produits de manière industrielle dans les pays à bas coût, il apparaît clairement que la qualité du code produit – un ePub n’est rien d’autre que du code HTML et des CSS, à l’égal d’un site Internet – va empêcher une maintenance aisée au fur et à mesure des années, même pour effectuer des modifications mineures. En effet, le code de tels ePubs est souvent incohérent au regard des normes HTML CSS, le balisage est inexistant et les feuilles de style sont l’objet d’une telle inflation – parfois plusieurs milliers de lignes pour un texte simple (sic) – qu’il devient impossible d’envisager la moindre modification, même mineure, dans un futur proche. En d’autres termes, les éditeurs qui font appel à ce type de prestataires sont en train d’hypothéquer de manière décisive les évolutions de leur catalogue numérique à moins… de recommencer le travail. Le terme consacré en développement logiciel de dette technique (technical debt en anglais) est donc particulièrement juste pour décrire cette situation. Les équipes éditoriales ne semblent pas se rendre compte de ces difficultés, puisqu’elles intègrent encore peu de personnes capables d’auditer le code produit dans les ePubs. Mais le réveil risque d’être brutal, nous n’en doutons pas.

Par ailleurs, les ePubs produits de manière industrielle ne respectent aucune logique de balisage, en ce qui concerne l’accessibilité. Partout dans le code, nous retrouvons des balises <div> ou <p>, autrement dit des balises de conteneurs ou de paragraphes, là où il faudrait exploiter un balisage autrement plus précis et pertinent. Travailler sur l’accessibilité peut paraître anecdotique, il n’en est rien. En effet, un ePub qui n’est pas balisé de manière correcte ne pourra être lu de manière satisfaisante par des personnes souffrant d’un handicap. Son accessibilité est très largement compromise. Par ailleurs, penser la pérennité d’un fichier ePub, en vue d’en faciliter la maintenance, et donc de réduire les coûts de leurs évolutions et mises à jour, impose d’employer un balisage particulièrement strict et cohérent, ce qui n’est donc pas le cas.

Beaucoup d’éditeurs français – tout comme de grands groupes dans le monde anglo-saxon – sont en train de contracter une dette technique considérable, qu’il faudra apurer un jour ou l’autre, au moment de la mise à jour des fichiers ePubs, c’est une certitude. Et c’est dommage, compte tenu des coûts induits par une approche à très court terme.

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